Comment fonctionne le système Français ?

Lors de la sortie de leurs livres, les professeurs Philippe Evin et Bernard Debré ont participé à plusieurs débats sur les chaînes publiques en France en 2012. Lors de ces débats, à plusieurs reprises est revenu le problème suivant : « les médecins généralistes français ont peu de formation en pharmacologie notamment dans le domaine de la psychiatrie. »

Lorsqu'ils s'installent, les médecins sont ensuite informés par le visiteur médical des nouveaux traitements . Le  visiteur médical est directement payé par l'industrie pharmaceutique, par conséquent on peut s'interroger sur l'objectivité vis-à-vis du nouveau médicament proposé.
"En France, la formation continue des médecins généralistes est uniquement assurée par l'industrie pharmaceutique."1

Ce que nous pointons, c'est qu'à aucun moment les médecins généralistes ne détiennent des informations objectives vis-à-vis des antidépresseurs afin de peser le pour et le contre vis-à-vis du patient. Par ailleurs, certains médecins généralistes prescrivent au bout de dix minutes de consultation un antidépresseur alors qu'il s'agit d'un patient stressé, fatigué, anxieux mais qui ne nécessite pas d'aller vers un traitement aussi lourd. (Nous vous conseillons l'émission de France 5, « Morts sur ordonnance du 6 janvier 2015 », il y a un lien sur youtube).

Des alternatives existent aux médicaments, notamment lorsqu'il s'agit d'une dépression légère ou juste d'un état anxieux.
Le système français est fait pour que le médecin généraliste prescrive antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères, etc.

Au sommet de l'Etat :

L'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est sous la tutelle du Ministère de la Santé. Cette  agence délivre les autorisations de mise sur le marché des médicaments.
Comme nous l'avons vu avec le scandale du Médiator, lorsque vous avez dix experts autour de la table, huit experts sont sous contrat avec l'industrie pharmaceutique. Par conséquent, cette agence pose question. Comme le précisent P. Evin et B. Debré, « Certains experts ont parfois 9 contrats personnels de consultance avec l'industrie, ces avantages variant de 5 000 à 600 000 euros. »1

Concernant les antidépresseurs et plus largement les psychotropes, le système est identique.

Comme le précisent B. Debré et P. Evin : « L'industrie décide de tout : quelles molécules rechercher et développer, pour quelles maladies, entender quels marchés, et comment les utiliser. Par un marketing intensif, par la formation médicale continue que l'industrie pharmaceutique assure seule, par ses visiteurs médicaux, par ses journaux, par les interventions incessantes des universitaires leaders d'opinion à son service, elle détermine entièrement l'utilisation des médicaments. »1

En France, les leaders d'opinion sont recrutés parmi les grands psychiatres universitaires.

De la psychiatrie américaine à la psychiatrie française :

Comme l'expliquent P. Even et B. Debré dans leur livre, « la psychiatrie américaine est gangrenée par la corruption. » Le sommet de la prévarication a été atteint par Charles Nemeroff  de l'université Emery de Miami, l'un des grands responsable du DSM, condamné pour avoir reçu 9 millions de dollars pour un essai clinique, dont une grande partie pour lui-même, sans en avertir son université... C'est aujourd'hui le responsable du DSM -5, le professeurs D. Kupfer de Pittsburgh,(consultant de Lilly, Pfizer, Johnson, Solvay, Lundbeck et … Servier) qui est placé sous le feu des projecteurs pour s'être entouré d'une majorité d'experts sous contrat avec l'industrie.
Naturellement  la situation est exactement comparable en France, bien qu'elle ne soit pas rendue publique, car 4 ou 5 des grands psychiatres universitaires que chacun connaît ont prêché la même bible que leurs collègues américains. »1


Après avoir vu  les dysfonctionnements du système français, en tant qu'association, nous souhaitons mettre en avant également les points positifs :
– En cas de dépression sévère ou tentative de suicide, le système des urgences est efficace en France. Quoi qu'il arrive, vous aurez la possibilité de rencontrer un médecin et d'être pris en charge par une équipe médicale.

– Dans la majorité des cas, si vous bénéficiez de la sécurité sociale et d'une mutuelle, votre prise en charge sera gratuite tout comme votre hospitalisation.

– Malgré l'influence de l'industrie pharmaceutique, nous pensons que les médecins généralistes et les psychiatres font du mieux qu'ils peuvent avec les moyens qu'ils ont pour aider les patients.
 

 

1Pr. Philippe Even et Pr. Bernard Debré, Guide des 4000 médicaments, éd. Cherche Midi, 2012, p.72 ; p.78 ; p.522-525